II.1) Introduction
Comme a été indiqué
au chapitre précédent, les circuits numériques fonctionnent selon le système
de numération binaire, c'est-à-dire un mode dans lequel les tensions d'entrée
et de sortie Î{0, 1}. Ces deux valeurs correspondent en fait, à des
plages de tensions convenues à l'avance.
En effet, supposons qu'un circuit numérique soit alimenté
sous 5V (DC) ; la tension de sortie peut donc varier entre 0V et 5V. Par convention,
les tensions dont les valeurs sont proches de 0V seront associées au niveau
logique bas (0) et celles proches de 5V au niveau logique haut (1). Les seuils
séparant les deux niveaux dépendent bien sur de la technologie utilisée (TTL,
CMOS,...etc).
L'algèbre qui permet d'exprimer les effets qu'ont
les divers circuits numériques, s'appelle l'algèbre booléenne (algèbre
de Boole ou algèbre binaire). Contrairement à l'algèbre ordinaire, l'algèbre
de Boole manipule des constantes et des variables qui ne peuvent prendre que
deux états, 0 ou 1. Cette principale caractéristique, rend l'algèbre booléenne
plus facile à "manipuler" que l'algèbre ordinaire. En effet, on ne
retrouve que trois opérations élémentaires:
-
l'addition logique (opération OU) ;
-
la multiplication logique (opération ET) ;
- la complémentation ou l'inversion logique
(opération NON).
IL ne faut pas confondre les opérations logiques
et les opérations arithmétiques.
Quand le niveau actif 1 est supérieur au
niveau 0, la logique sera dite positive ; elle sera dite négative dans
le cas contraire :
II.2) Les opérateurs
logiques élémentaires
II.2.1 ) L'opérateur
NON (inverseur)
Cette opération ne concerne qu'une seule variable
binaire d'entrée. Par exemple, si on soumis une variable d'entrée x à une opération
NON, le résultat (variable de sortie) est :
(se lit x barre)
- La table d'implication (ou table de vérité)
Une table d'implication, nous permet de connaître
la réaction d'un circuit logique (variable de sortie) aux diverses combinaisons
binaires appliquées aux entrées (variables d'entrées), pour les circuits logiques
ayant plusieurs entrées et une seule sortie. Pour n variables, la table d'implication
comporte 2n lignes représentant toutes les combinaisons de
ces n variables.
En ce qui concerne l'opérateur NON, cette
table n'est pas d'une très grande utilité car la sortie prennent le niveau logique
opposé du niveau logique appliqué en entrée :
|
variable d'entrée
(x)
|
variable de sortie
(
)
|
|
0
|
1
|
|
1
|
0
|
- Symboles graphiques
on utilise généralement l'un des deux symboles suivants
:
- Le chronogramme statique
II.2.2) L'opérateur
OU
(ou réunion dans la théorie des ensembles)
C'est un circuit ayant au moins deux entrées (E1,
E2) et dont la sortie S est égale au produel logique
(somme logique, OU ou OR) des entrées :
- La table d'implication (ou table de vérité)
A l'aide des deux entrées binaires, on obtient une
table d'implication de 4 lignes (22, selon le système binaire bien
évidement) :
|
variables
|
d'entrées
|
variable de sortie
|
|
E1
|
E2
|
|
|
0
|
0
|
0
|
|
0
|
1
|
1
|
|
1
|
0
|
1
|
|
1
|
1
|
1
|
- Le chronogramme statique
On peut aussi définir le fonctionnement d'un opérateur
logique par un chronogramme statique, autrement dit, sans tenir compte du temps
de propagation (par définition, c'est le temps que mette la sortie à changer
d'état par rapport aux entrées) :
En comparant la table d'implication précédente
à celle de l'addition arithmétique, on remarque qu'elles ne sont pas équivalentes
(pour la dernière combinaison).
- Symboles graphiques
- Propriétés
On remarque tout d'abord que S = 1, si au moins
une des deux variables est à 1. Cette caractéristique reste valable pour un
nombre d'entrées > 2.
Les propriétés de cette opération :
·
Commutative :
;
·
Associative :
;
·
Idempotente :
;
·
Elément neutre :
;
·
Cas particuliers :
II.2.3) L'opérateur
ET
(ou intersection dans la théorie des ensembles)
Comme l'opérateur OU, ce circuit a au moins
deux entrées (E1, E2) et une sortie (S)
égale au produit logique (ET ou AND ) des entrées :
- La table d'implication (ou table de vérité)
|
variables
|
d'entrées
|
variable de sortie
|
|
E1
|
E2
|
|
|
0
|
0
|
0
|
|
0
|
1
|
0
|
|
1
|
0
|
0
|
|
1
|
1
|
1
|
- Le chronogramme statique
Contrairement au produel logique (somme logique),
on remarque que, la multiplication logique (produit logique) donne le même résultat
que la multiplication arithmétique.
-
Symboles graphiques
- Propriétés
S = 1, si et seulement si toutes les variables
d'entrées sont à 1.
Cette opération possède les propriétés suivantes
:
·
Commutative :
;
·
Associative :
;
·
Idempotente :
;
·
Elément neutre :
;
·
Cas particuliers :
II.3) Les autres opérateurs
logiques
II.3.1) L'opérateur
NON-OU
(c'est l'exclusion dans la théorie des ensembles)
C'est un circuit ayant au moins deux entrées (E1,
E2) et dont la sortie (S) est égale au complément du
produel logique (NON-OU ou NOR) des entrées :
- La table d'implication (ou table de vérité)
On obtient la table d'implication, en inversant
l'état logique de la sortie de l'opérateur OU :
|
variables
|
d'entrées
|
variable de sortie
|
|
E1
|
E2
|
|
|
0
|
0
|
1
|
|
0
|
1
|
0
|
|
1
|
0
|
0
|
|
1
|
1
|
0
|
- Le chronogramme statique
- Symboles graphiques
- Propriétés
On remarque que S = 1, si toutes les variables
d'entrées sont à 0.
Les propriétés de cette opération :
·
Commutative :
;
·
Associative :
;
·
Idempotente :
;
·
Elément neutre :
;
·
Cas particuliers :
II.3.2) L'opérateur
NON-ET
Ce circuit a au moins deux entrées (E1,
E2) et une sortie (S) égale au produit logique complémenté
(NON-ET ou NAND ) des entrées :
- La table d'implication (ou table de vérité)
|
variables
|
d'entrées
|
variable de sortie
|
|
E1
|
E2
|
|
|
0
|
0
|
1
|
|
0
|
1
|
1
|
|
1
|
0
|
1
|
|
1
|
1
|
0
|
- Le chronogramme statique
- Symboles graphiques
- Propriétés
S = 1, si et seulement si toutes les variables
d'entrées sont à 0.
Cette opération possède les propriétés suivantes
:
·
Commutative :
;
·
Non associative :
;
·
Non idempotente ;
·
Pas d'élément neutre ;
II.3.3) L'opérateur
OU EXCLUSIF
(ou comparateur de différence)
Cet opérateur a au moins deux entrées (E1,
E2) et une sortie (S) égale à 1, si les entrées sont
différentes, d'où son nom (comparateur de différence) :
-
La table d'implication (ou table de vérité)
|
variables
|
d'entrées
|
variable de sortie
|
|
E1
|
E2
|
|
|
0
|
0
|
0
|
|
0
|
1
|
1
|
|
1
|
0
|
1
|
|
1
|
1
|
0
|
- Le chronogramme statique
- Symboles graphiques
- Propriétés
Cette fonction est :
·
Commutative :
;
·
Associative :
;
·
Non idempotente :
;
·
Elément neutre :
;
·
Cas particuliers :
II.3.4) Le complément
du OU EXCLUSIF
(ou comparateur d'identité)
Il a au moins deux entrées (E1,
E2) et une sortie (S) égale à 1, si les entrées sont
identiques, d'où son nom (comparateur d'identité) :
- La table d'implication (ou table de vérité)
|
variables
|
d'entrées
|
variable de sortie
|
|
E1
|
E2
|
|
|
0
|
0
|
1
|
|
0
|
1
|
0
|
|
1
|
0
|
0
|
|
1
|
1
|
1
|
- Le chronogramme statique
- Symboles graphiques
- Propriétés
Cette fonction est :
·
Commutative :
;
·
Associative :
;
·
Elément neutre :
;
·
Cas particuliers :
II.4) Résumé des opérateurs
logiques
On exprime une fonction de sortie des opérateurs
logiques (portes logiques) de plusieurs façons :
· Sous forme d'une équation booléenne ;
· Sous forme d'une table d'implication ;
· Sous forme d'un chronogramme ;
· Sous forme de priorité (exemple : 0
1, qui se lit zéro implique un, ce qui signifie qu'une seule entrée à 0 suffit
pour forcer la sortie à 1 (le principe reste le même pour les autres priorités).
|
Symbole
|
Equation
|
Priorité
|
|
|
|
0 0
|
|
|
|
1 1
|
|
|
|
= 0
|
|
|
|
0 1
|
|
|
|
1 0
|
|
|
|
= 1
|
II.5) Propriétés et
théorèmes
·
Distributivité du produit par rapport au produel
·
Distributivité du produel par rapport au produit
·
Lois d'inclusion :
·
Théorème de DE MORGAN
·
Théorèmes de SHANNON
Prend l'état 1 si toutes les variables sont à 1.
Prend l'état 0 si toutes les variables sont à 0.
Toute fonction peut s'écrire :
Ces deux théorèmes permettent d'écrire toute fonction
sous la forme :
D’une somme (produel) de produits (åP)
appelée 1ère forme canonique ;
D’un produit de sommes (På)
appelée 2ère forme canonique.
·
Complémentation d'une fonction
Pour complémenter une fonction, on remplace chaque
variable par son complément (inversion), chaque OU par un ET et
chaque ET par un OU ; par exemple :
Cette opération peut être symbolisée par :
II.6) Expression d'une
fonction à partir de sa table d'implication
Pour obtenir une réalisation optimale d'une fonction
logique quelconque, il faut bien évidement tenir compte des circuits disponibles,
également de choisir le type et de minimiser au maximum le nombre d'opérateurs
logiques. Autrement dit d'écrire la fonction sous une forme permettant de la
réalisée aisément.
Exemple : Soit la fonction F caractérisée
par la table d'implication suivante :
|
Combinaisons
|
c b a
|
F
|
|
l0
|
0 0 0
|
0 1
|
|
l1
|
0 0 1
|
0 1
|
|
l2
|
0 1 0
|
1 0
|
|
l3
|
0 1 1
|
1 0
|
|
l4
|
1 0 0
|
0 1
|
|
l5
|
1 0 1
|
1 0
|
|
l6
|
1 1 0
|
0 1
|
|
l7
|
1 1 1
|
0 1
|
A partir de cette table d'implication, on peut
exprimer la fonction F de deux manières :
II.6.1) lecture
sur les états 1
Si une variable est à 1, on l'écrit sous sa forme
directe; si elle est à 0, on l'écrit sous sa forme complimentée.
F=1, si l'on a l'une des combinaisons l2,
l3, l5 et on a l2=1 si
=1 ET b=1ET
=1....etc.
On obtient donc l'équation logique de la fonction
F :
En observant l'équation précédente, on remarque
que les trois variables sont présentent dans chaque terme et qu'elle est donnée
sous la forme d'une somme (produel) de produits ; elle sera dite : 1ère
forme canonique (disjonctive).
II.6.2) lecture sur les états 0
Si une variable est à 1, on l'écrit sous sa forme
complimentée ; si elle est à 0, on l'écrit sous sa forme directe.
F=0, si l'on a l'une des combinaisons l0,
l1, l4, l6, l7
et on a l0=0 si c=0 OU b=0 OU a=0....etc.
On obtient dans ce cas la 2ème forme canonique de la fonction F :
Cette lecture correspond en fait à celle de
sur les états 1 :
et d'après les théorèmes précédents (complémentation
d'une fonction), on peut facilement obtenir la 2ème forme canonique (conjonctive)
de la fonction F :
=
Quelle forme canonique choisir ?
Une fonction logique exprimée sous sa première
forme canonique est bien adaptée (après simplification) à une réalisation,
uniquement à l'aide des opérateurs logique de type NON-ET (NAND).
Si par contre, elle est exprimée sous sa deuxième forme canonique,
elle peut être réalisée après simplification, uniquement avec des opérateurs
logiques de type NON-OU (NOR).
Comment Retrouver une forme canonique à partir d'une équation simplifiée
?
Il suffit de compléter la ou les variables manquantes
dans chaque terme sans modifier l'état de la fonction. Par exemple, pour la
fonction logique, H1, de trois variables (a, b, c) et dont l'équation
logique "simplifiée" :
la première forme canonique peut être obtenue de la manière suivante :
On remarque que le terme ajouté ne modifie pas
la fonction, car ce terme vaut 1
II.7) Simplification
des fonctions logiques
Pourquoi simplifier ?
- pour réduire : la consommation, le volume
physique et le coût ;
Comment simplifier ?
-
en éliminant les redondances ;
-
en tenant compte des circuits disponibles ;
-
en essayant d'obtenir le minimum de couches.
II.7.1) Méthodes algébriques
de simplification
Il s'agit d'utiliser les différents théorèmes et
propriétés logiques, afin de simplifier une équation logique pour une éventuelle
réalisation :
II.7.2) Simplification
par le diagramme de Karnaugh
Qu'est-ce qu'un diagramme de Karnaugh (D.K.)
?
C'est une table d'implication disposée de telle
manière que deux termes adjacents logiquement soient aussi adjacents géométriquement.
Autrement dit, on utilise le code binaire réfléchi (code de GRAY) pour remplir
cette table.
a) Représentation graphique du D.K.
Pour n variables, le diagramme de Karnaugh comportera 2n cases
:
n = 2
n = 3 n = 4
En conservant les mêmes conventions qu'à la lecture
et en considérant une 1ére forme canonique ; les D.K. précédents deviennent
:
Les cases peuvent être numéroter de la manière
suivante (on place dans chaque case l'équivalent décimal de ses coordonnées
binaires) :
b) Écriture dans le digramme de Karnaugh
On place un 1 dans les cases correspondant aux
produits exprimés, pour une fonction mise sous la forme (åP).
Exemple 1 : soit la fonction régit par la
d'implication :
|
c b a
|
F
|
|
0 0 0
|
0
|
|
0 0 1
|
0
|
|
0 1 0
|
1
|
|
0 1 1
|
1
|
|
1 0 0
|
0
|
|
1 0 1
|
1
|
|
1 1 0
|
0
|
|
1 1 1
|
0
|
le D.K.
Exemple 2 : soit la fonction F (c.f. II.6.1)
exprimée à l'aide de sa 1ère forme canonique :
Le D.K. correspondant
Pour la 2ème forme canonique de la
fonction précédente (F) :
Le D.K. correspondant s'obtient en complémantant
le précédent car
.
On place un 0 dans les cases correspondant aux
produels (sommes logiques) exprimés, pour une fonction mise sous la forme (På).
e) Simplification
· Cette méthode permet de simplifier une fonction :
- à partir d'une table d'implication ;
- à partir d'une équation booléenne simplifiée
ou canonique ;
- à partir d'un chronogramme ;
Il faut :
Regrouper le maximum de variables adjacentes (1
pour åP et 0
pour På) ;
Que le nombre de variables regroupées corresponde
à une puissance de 2 ?
Que chaque variable soit utilisée au moins une
fois.
f) Remarques :
- La simplification peut ne pas être unique.
- Les états indifférents peuvent être ignorés, utiliser
partiellement ou totalement.
- Le D.K. ne permet pas de simplifier les fonctions
XOR et XNOR.
- Le D.K. peut être utilisé pour retrouver une forme
canonique à partir d'une forme simplifiée.
|